Rétrospective de l'année 2014
Un Fort stratégique pour l'Armée allemande en 1914
Il y a 100 ans, à la veille d'un premier conflit mondial qui se soldera- + par une effroyable boucherie et le retour à la France de l'Alsace-Moselle, le fort de Guentrange était une des clés de voûte du dispositif de défense allemand en Moselle annexée.
Le Fort de Guentrange est un Groupe Fortifié dominant Thionville et culminant à 318 mètres. Il fut construit par l'Armée allemande, pendant la première annexion, après la guerre de 1870. « Le second Reich voulait protéger sa nouvelle conquête, l'Alsace-Moselle, contre une attaque française et décida de faire de Metz et de Thionville deux places fortes appelées "Moselstellung" (position de la Moselle) », explique Dominique Laglasse, archiviste de la ville de Thionville. « La "Feste Ober-Gentringen" (Fort de Haute-Guentrange) fait partie de ces nébuleuses, très étalées sur le terrain et enfermant, dans une enceinte de barbelés, plusieurs casernes et batteries cuirassées, reliées par des galeries souterraines. Les objectifs de cette Feste étaient d'interdire les points culminants de la région thionvilloise à l'ennemi, de protéger le nœud ferroviaire rayonnant autour de Thionville et de border les intervalles entre Illange, Guentrange et Koenigsmaker ». Les travaux débutés en avril 1889 furent exécrer plusieurs kilomètres de galeries reliant les différents organes.

Un téléphérique servait à monter les matériaux. Les cuirassements de plusieurs tonnes furent amenés par des chevaux. À la fin des travaux, en 1906, le fort comportait trois casernes, deux batteries et une dizaine d'abris et d'observatoires. Il pouvait accueillir 2000 hommes. Tous les ouvrages étaient en béton non-armé, sauf les façades arrière et les murettes de soutènement des parapets d'infanterie. « Les façades de pierre tournées vers l'Allemagne avaient été conçues pour être facilement creusées par les batteries allemandes, au cas où les français auraient pris le Fort. Avec l'évolution des armes et l'allongement de leur portée, il devint de plus en plus facile, à un ennemi potentiel, de submerger les façades du Fort de Guentrange. Le génie allemand construisit alors, dès les premiers jours de la mobilisation, six coffres de contrescarpe bétonnés, trois abris et renforça les murs des casernes et des batteries avec du béton. Tout était prêt pour affronter l'ennemi ! » poursuit l'archiviste.
Mais le Fort de Guentrange ne fut jamais attaqué pendant la Grande Guerre. Les alliés se l'approprièrent après l'Armistice du 18 novembre 1918 lorsque l'Alsace et la Moselle redevinrent françaises. Pendant la Seconde Guerre mondiale, il servit de dépôt de munition à l'Armée allemande jusqu'à sa libération par l'Armée américaine en 1944. Il fut, ensuite, le dépôt de munition du 25e R.A. Depuis 1971, l'ouvrage n'a plus de vocation militaire. Propriété de la ville de Thionville et entretenu par l'Amicale du Groupe Fortifié de Guentrange, la « Feste » est devenue un lieu de mémoire collective que l'on peut visiter.
Le Fort pouvait accueillir 2 000 hommes
Horaires des visites : jusqu'au 30 septembre inclus, tous les samedis et dimanches à 15 h ; les mercredis à
15 h, sur inscription à l'office du tourisme. Pour les groupes, ouverture toute l'année sur rendez-vous.
Il y a 100 ans : le début de la guerre
Après l'assassinat de l'Archiduc Francois-Ferdinand, héritier de l'empire d'Autriche, et de son épouse, le 28 juin 1914, la tension se concrétisa au Fort de Guentrange, par le renforcement des patrouilles.
Le 26 juillet à 9 h 30, le Lieutenant Général von Lochow, Commandant du Fort, donna un ordre d'alerte de guerre maximale. Les deux batteries antichars furent mises en service. À 10 h 30, le Lieutenant Kerbel de la Kommandartur annonça que tout était prêt pour ouvrir le feu. Le 28 juillet, un message arriva. « Selon nos informations, plus de cent camions, transportant les troupes françaises de la forteresse de Longwy, stationnent près de Crusnes. On craint une attaque nocturne du Fort de Guentrange. Les canons doivent être dirigés vers la route reliant Angevillers à Hayange. »
Le 30 juillet, suivit l'instruction « danger imminent de guerre ». Le 1er août la France décrète la mobilisation. Le même jour, l'Allemagne déclare la guerre à Russie et le 3 août à la France. Ce fût le début d'un conflit mondial que tout le monde espérait court et qui durera 4 ans.
Soldats au quotidien...
À partir du 28 juillet 1914, la répartition du temps sur la batterie fut la suivante : 8 heures de service dans la batterie, 8 heures de travaux de renforcement et 8 heures de repos. Hélas, seulement 3 heures de repos pouvaient être accordées réellement, car le personnel devait monter 1 000 lits pour l'infanterie. Il devait aussi acheminer la farine destinée à la boulangerie de guerre et les provisions.
Fausse alerte
Le 1er août 1914, après le décret de mobilisation, le 13e régiment de hussards fut détaché à la frontière. Dans la nuit du 2 août arriva la nouvelle qu'une colonne marchait sur la route du Saint-Michel vers Thionville. La batterie fut aussitôt mise en alerte, lorsqu'une patrouille à vélo remarqua qu'il s'agissait du régiment des Hussards revenant au Fort. Un Sergent empêcha de justesse le bombardement. D'après le journal de campagne du Lieutenant Gebhardt du Fort de Guentrange.

