
Rétrospective de l'année 2005 du Fort de Guentrange
Préserver le patrimoine militaire de la région
Le Général Masson réalise une tournée des ouvrages mosellans. Avec comme but essentiel de préserver « le patrimoine historique commun à la nation » que représente ces Forts.
Le Fort de Guentrange a reçu, ce début de semaine, la visite du Général de Brigade Bernard Masson. Première étape d'une tournée des fortifications de la région qui l'a conduit, par exemple, jusqu'au Simserhoff. Rattaché à l'État-major de l'Armée de terre, le délégué au patrimoine « orchestre et met en œuvre la politique culturelle de l'Armée de terre, essentiellement à caractère historique ». Originaire de Metz, et toujours le cœur lorrain, le Général Masson a une tendresse particulière pour les ouvrages fortifiés de la Ligne Maginot. « Des ouvrages qui ont été trop longtemps pillés », souligne le militaire. Fustigeant au passage « "certains" qui ont fait des fortunes sur notre patrimoine, notre mémoire commune », en les bradant au prix du kilo de câble ou de ferraille, arraché sans scrupule aux bâtiments.

Des fortifications que, pour certaines et à contrecœur, le Général va devoir fermer. Une décision pas toujours facile à prendre. Mais « la plupart des ouvrages de la Ligne Maginot appartient encore à la Défense et nous n'avons pas les moyens de les dépolluer (Ndlr : par exemple des queues de cochons ou des barbelés) et de les entretenir tous ». Ce sera par exemple le cas du Fort de Billig ou de celui de Metrich que le Général Masson juge l'un et l'autre « très dangereux ». Leurs accès seront condamnés.
Dignes de Vauban
Quant au Saint-Quentin : motus. La question paraît sensible et les approches entre CA2M et Ministère de la Défense semblent dignes d'opération de forces spéciales.
Mais la mémoire de ses ouvrages ne sera pas, pour autant, effacée. L'Adjudant-Chef Simon, délégué régional au patrimoine fortifié, y veille scrupuleusement. De la simple prise électrique à la tourelle de 150 tonnes, sans oublier les peintures et caricatures des « troufions », il n'oublie rien. Recense tout et, « en liaison avec le Général, met du matériel à disposition des Associations de sauvegarde comme celle, par exemple, de Guentrange, Hackenberg ou du Simserhoff. A la condition qu'elles restaurent et présentent les pièces au public ». Un bien faible prix à payer pour conserver la mémoire d'ouvrages qui dans deux siècles « seront sans doute considérés comme les ouvrages Vauban aujourd’hui », assure le Général Masson. Et dans lesquels parents ou grands-parents de nombre de Lorrains ont connu des heures tragiques et glorieuses « car presque aucun Fort Maginot ne s'est rendu à l'ennemi », souligne Bernard Masson, fier de l'exploit de ses devanciers.
E. HUMBERT.

La piste aux étoiles
Bernard Masson, Général en charge du Patrimoine de l'Armée de Terre, est venu à Guentrange. Pour se rendre compte de la conservation des lieux et des besoins de l'association. Souci principal : préserver la mémoire.
C'est une visite inhabituelle qu'a connue le Fort de Guentrange au début de cette semaine. Dans les couloirs du vénérable ouvrage militaire, vous pouviez croiser des étoiles. Pas des stars américaines et encore moins des étoiles staradémisées mais celles en épaulette d'un Général, d'un vrai, d'active. Les étoiles du Général Bernard Masson, Messin de naissance et de cœur. Et c'est plus qu'une visite de courtoisie que l'Officier Général est venu effectuer à Guentrange.
Délégué au patrimoine de l'armée de Terre, rattaché à l'État-Major installé à l'Hôtel des Invalides, le général Masson « orchestre et met en œuvre la politique culturelle de l'armée de Terre, essentiellement la politique historique », selon ses propres mots.

Une charge qui le conduit évidemment dans des lieux lourds d'histoire et de souvenirs. Et qui l'amène à se « déplacer en région trois à quatre fois par an, pour trois ou quatre jours chaque fois ». Avec, sans pour autant négliger sa mission d'intérêt général, une prédilection toute personnelle pour sa Lorraine natale.
Ainsi, dans une des salles du fort de Guentrange, celle consacrée aux rares moments de détente et d'évasion des "troufions" des fortifications, c'est quasiment à un remake de Questions pour un champion qu'il se livre avec le délégué régional, l'adjudant-chef Simon. Devant les reproductions des peintures et des caricatures dessinées il y a parfois près de soixante-dix ans, le duel entre les deux militaires est tout amical : « Celle-là mon général, c'est au Sim » (Ndfr : lire le Simserhof) ».
Retour de service du général Masson, « et là, Simon, c'est le Fermont ». Coup droit le long de la Ligne (Maginot) de son adjoint : « Là c'est Billig. Là, c'est encore Fermont ». Aucune erreur. Les deux hommes reconnaissent au premier coup d'œil les différents dessins. La bataille tourne à l'avantage de l'adjudant-chef Simon, ému comme son "patron" de voir ces « témoignages » préservés sur photos. Car sur place, le combat est souvent perdu. « L'essentiel des ouvrages de la Ligne Maginot appartient encore à la Défense mais beaucoup ont été très longtemps pillés. Certains ont fait des fortunes sur notre patrimoine commun », souligne, amer, le général Masson.
Des fortunes établies à grand coup de câbles électriques et téléphoniques, ferrailles, matériels militaires... arrachés sans scrupule - et souvent avec une inconscience totale des risques physique et judiciaire courus - et revendus sans plus de remords. Heureusement, depuis quelques dizaines d'années, et singulièrement en Moselle, « les associations de sauvegarde prennent soin de ce patrimoine. Souvent en liaison avec des collectivités territoriales, comme ici à Thionville ».
C'est pour elles, pour saluer et encourager leur travail, conseiller et prendre connaissance de leurs besoins que le général Masson et l'adjudant-chef Simon sont à Guentrange. « Un exemple parmi les associations de sauvegarde », souligne les deux hommes. Un compliment qui va droit au cœur de Michel Mansuy, adhèrent de l'association de Guentrange et secrétaire général de la Fédération des associations de sauvegarde de la fortification. Un secrétaire qui n'oublie pas de saluer « l'énorme travail et l'immense passion de tous les bénévoles des associations de sauvegarde ». Véritables fourmis qui, de couloirs en couloirs, de batteries en tourelles, repeignent, façonnent, nettoient... Et qui, eux aussi, ont plein d'étoiles. Dans les yeux.
EMMANUEL HUMBERT.


