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La Feste touche au bout et Thionville se cherche encore

Imaginez que la Feste soit presque achevée et déjà passée en revue par les grands chefs. En bas, Thionville enlève ses vieilles murailles et s’invente un avenir moderne... du moins en rêve. Car entre terrains qui ne se bâtissent pas, égouts qui embaument trop et garnison qui amuse les tribunaux, l'année promet du relief.


À travers les archives et les gazettes de 1905, suivons une Feste qui touche à son terme et une ville qui tâtonne.

✦  Un hiver sous la menace de la variole

Janvier s’ouvre sur une inquiétude autrement plus discrète que les canons. La variole menace de se propager dans toute la région. Dès le 11 janvier, les autorités renforcent les contrôles sanitaires dans les arrondissements de Thionville et de Metz. Les patrons d’exploitations industrielles et minières doivent désormais déclarer rapidement si leurs ouvriers, qu’ils soient originaires de la région ou étrangers, ont reçu les vaccinations exigées par la loi.


Quelques jours plus tard, l’inquiétude devient concrète : un ouvrier de Thionville, Pierre H. âgé de 21 ans, est atteint de la maladie et transféré à l’hôpital Bonsecours. Ainsi commence 1905 avec des déplacements incessants de population, les autorités savent qu’un autre ennemi peut circuler sans uniforme et sans prévenir.

✦  Les soldats allemands font encore parler d’eux

La garnison de Thionville occupe toujours une place importante dans les colonnes des journaux. Le 13 janvier, plusieurs cavaliers du 6e régiment de dragons comparaissent devant le Conseil de guerre. Une beuverie organisée dans une chambre de la caserne, en décembre précédent, avait dégénéré lorsque les hommes, fortement alcoolisés, s’étaient attaqués au sous-officier de service. Les condamnations prononcées sont lourdes pour certains d’entre eux. L’affaire n’est d’ailleurs pas terminée. En février, le Conseil de guerre supérieur revient sur les événements. Douze cavaliers sont impliqués et plusieurs sont condamnés à des peines de prison allant jusqu’à plusieurs années.


La vie militaire fournit également des histoires moins glorieuses et parfois presque burlesques. En janvier, un soldat du 131e régiment d’infanterie, parti faire quelques emplettes à Thionville pendant les manœuvres de l’année précédente, semble avoir voulu mener la galanterie et le vol en même temps. Tandis qu’une main entourait la taille d’une demoiselle, l’autre faisait disparaître du tabac puis du savon sous sa capote. L’affaire se terminera devant la justice militaire. L’uniforme n’empêche décidément ni les sottises, ni les tribunaux.

​✦  Guentrange presque finie... et pourtant ce n’est qu’un début

Puis le mois d’avril, une phrase importante apparaît dans la presse. Après la démolition des anciens remparts de Thionville, plusieurs nouveaux Forts doivent compléter la défense des environs. Et le journal précise que le Fort de Guentrange est « presque terminé ». Voilà six années que les travaux ont commencé. On ne parle plus du spectaculaire chemin de fer aérien de 1900, ni des énormes plaques cuirassées que des dizaines de chevaux peinaient à hisser jusqu’au plateau. En 1905, Guentrange appartient désormais au paysage militaire. Mais tout n’est pas encore complètement achevé.


Au même moment, on prépare déjà la suite. L’adjudication des travaux pour le Fort d’Illange vient d’avoir lieu. Le chantier doit représenter environ 1 500 000 marks. Le système défensif autour de Thionville continue donc à s’étendre. Guentrange n’était pas une fin. Il n’était qu’une pièce d’un ensemble beaucoup plus vaste.

​✦  Six ans de chantier, maintenant c'est l'heure de l'inspection

Pendant que Guentrange approche progressivement de son rôle militaire définitif, un autre chantier se prépare plus à l’est. Au début du mois de mai, les propriétaires des terrains destinés au nouveau Fort d’Illange sont officiellement informés que les accords conclus avec le fisc militaire ont été ratifiés, la vente est désormais définitive.​ Le journal y voit « un nouveau pas en avant » et pose immédiatement la question que beaucoup doivent déjà se poser : à quand l’arrivée des ouvriers italiens ?

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L’information paraît brève mais elle marque une étape essentielle. Guentrange, premier grand ouvrage moderne édifié sur les hauteurs de Thionville n’est plus destiné à rester seul, la fortification du secteur s’étend désormais vers Illange !

​✦  La Tour aux Puces se découvre un nouvel avenir

Le 12 mai un visiteur de poids arrive à Thionville. Le Général von Beseler, inspecteur général du corps des ingénieurs, des pionniers et des forteresses, se présente accompagné de son état-major.


Il inspecte les Forts de Thionville. La dépêche est courte, mais derrière ces quelques mots se trouve tout le poids administratif et militaire des ouvrages édifiés depuis plusieurs années autour de la ville. Ces Forts qui avaient commencé par des terrassements, des convois, des chevaux et des milliers de tonnes de matériaux sont désormais suffisamment avancés pour recevoir l’inspection du sommet de la hiérarchie du génie militaire. Le Fort de Guentrange entre progressivement dans une autre période de son existence. 

​✦  Un régiment s’en va, un autre arrive

Pendant ce temps, la garnison se prépare à un changement important. Le 6e Régiment de dragons, installé à Thionville depuis 1884, doit quitter la ville au 1er juillet. Il sera remplacé par le 13e Régiment de hussards, jusque-là stationné à Mayence. Mais derrière cette simple permutation militaire se cache une affaire autrement plus embarrassante. La presse affirme que le déplacement du 13e hussards serait directement lié à l’intervention de l’empereur après le suicide du Lieutenant Dietz.


Selon les articles publiés en juin, l’officier aurait subi un traitement particulièrement dur de la part de son entourage militaire. Son régiment était réputé très aristocratique et composé d’officiers issus de la noblesse ou de familles extrêmement fortunées.


Après le scandale, Guillaume II aurait décidé de transférer le régiment à Thionville, dans le 16e corps d’armée, réputé pour la dureté de son service et la fermeté de sa discipline. Autrement dit, Thionville reçoit des hussards prestigieux… mais pas exactement comme récompense. La ville de garnison, avec ses Forts flambant neufs et sa discipline réputée solide, semble avoir été jugée excellente pour remettre un peu d’ordre dans les rangs.

 

La Feste est quasiment bouclée, après six années de chantier, les hauts responsables du génie viennent inspecter les lieux. Sans doute histoire de vérifier que tout ce béton est bien là où on l’avait commandé. Et comme il serait dommage de laisser les entrepreneurs s’ennuyer, on prépare déjà la suite.

 

À Illange, un nouveau fort se profile. En bas, Thionville poursuit sa grande transformation avec un enthousiasme parfois contrarié. Les remparts tombent, les régiments déménagent, les terrains attendent leurs maisons et les nouveaux égouts rappellent assez brutalement que le progrès possède parfois une odeur. À Guentrange, pendant ce temps, on peut construire une forteresse à plusieurs millions de marks, mais obtenir un bureau de poste semble encore relever d’une opération stratégique de premier ordre. Même les militaires fournissent leur part de spectacle. Les dragons s’en vont, les hussards arrivent, précédés d’une réputation dont ils se seraient probablement bien passés. Et les conseils de guerre tournent suffisamment pour occuper les chroniqueurs.

 

Pendant ce temps, les vignerons surveillent leurs raisins jusqu’à ce que le gel d’octobre décide, lui aussi, de participer à l’année. Bref, en cinq ans, le décor a sérieusement changé. Et l’on pourrait se demander ce que 1906 va encore trouver à bouleverser. 

Sources

Cette chronique a été réalisée à partir de la presse d’époque, notamment Le Messin, La Gazette de Lorraine – Journal de Metz, Le Lorrain et Le Progrès de l’Est. 

Journaux consultés dans les collections numérisées de Limédia Kiosque et de Gallica, bibliothèque numérique de la Bibliothèque nationale de France.

1906
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