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La Feste est terminé pas les histoires

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En 1906, quelques mots avaient enfin refermé sept années de chantier : le Fort de Guentrange était « terminé depuis peu ». On aurait donc pu croire que la colline allait se faire plus discrète dans les gazettes. C’était compter sans 1907 car une forteresse achevée ne cesse pas pour autant de vivre : il faut désormais la desservir, la loger, l’approvisionner, la surveiller… tandis qu’en bas, Thionville continue de se débarrasser de ses vieux murs et d’apprendre, non sans quelques chamailleries, à devenir une ville nouvelle.

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À travers les gazettes, les articles de journaux et les témoignages de l’époque, suivons donc cette année où les grands projets côtoient volontiers les petites querelles… et où les nouvelles ne manquent décidément pas de piquant.

✦  50 marks pour entendre enfin sonner

L’année commence à Guentrange par une affaire infiniment moins spectaculaire qu’une batterie cuirassée, mais probablement beaucoup plus utile aux habitants. Le 10 janvier, le conseil municipal accepte de garantir à la poste, pendant cinq ans, une recette annuelle de 50 marks afin qu’un bureau téléphonique puisse enfin être installé dans le village. Il aura donc fallu des années pour couvrir la hauteur de routes militaires, de galeries et d’installations techniques, mais pour passer un coup de téléphone, il fallait encore négocier.

 

La patience finit néanmoins par payer : le 27 juillet, l’agence postale de Guentrange se voit adjoindre un bureau de télégraphe avec service téléphonique. Cette fois, le village est officiellement branché sur son époque.

✦  Un village effacé d’un trait de plume

Huit jours plus tard, l’actualité rappelle brutalement que les besoins militaires peuvent peser autrement plus lourd qu’une ligne téléphonique. Entre Thionville et Boulay, le village de Callembourg doit disparaître pour laisser place à un champ de tir.

 

Le journal parle lui-même d’un village supprimé « d’un trait de plume » : 146 habitants, 32 maisons et 600 hectares sont concernés. L’administration militaire a acheté l’ensemble des maisons et des propriétés ; les habitants, indemnisés, devront aller vivre ailleurs.

 

Quelques chiffres dans une gazette suffisent ainsi à résumer la disparition d’un village entier, quand l’armée réclame de la place, manifestement, même les clochers peuvent être priés de déménager...

✦  Typhus, canaux et grandes ambitions

Thionville n’a pourtant pas que les questions militaires à régler. Le 24 janvier, face au typhus, le directeur de l’arrondissement de Thionville-Est recommande aux communes de participer à l’achat d’un appareil destiné à désinfecter les maisons dans lesquelles des cas se sont déclarés. L’idée paraît généralement bien accueillie, à une condition très pratique : que l’on garantisse ensuite le bon entretien de l’appareil, même le progrès sanitaire réclame donc son mode d’emploi.

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En février, on remonte soudain à des ambitions d’une tout autre ampleur avec la canalisation de la Moselle. Devant les résistances rencontrées dans les milieux industriels du nord de l’Allemagne, des industriels alsaciens-lorrains avaient envisagé une liaison de Thionville à Metz, permettant ensuite de rejoindre le réseau des Ardennes et la Belgique. L’idée semble avoir réveillé quelques inquiétudes du côté allemand, où l’on redoute de voir échapper une partie du trafic lorrain et rhénan. La Südwestdeutsche Wirtschafts-Korrespondenz défend alors une autre solution : une entente avec la Prusse pour exploiter en commun une voie fluviale jusqu’au Rhin, à charge encore de déterminer la part financière de l’Alsace-Lorraine.

 

Derrière ces discussions de canaux se cachent surtout de solides intérêts industriels : les charbonnages de la Ruhr, fournisseurs du coke des hauts-fourneaux lorrains, craignent que les découvertes de charbon dans le bassin de la Sarre ne leur fassent perdre à la fois clients et débouchés. Certains en concluent même que la canalisation perdrait toute raison d’être ; le gouvernement a lancé une enquête et l’on en attend encore les conclusions. Bref, avant même de creuser le canal, on avait déjà largement creusé la question.

✦  Le vieux Thionville s’en va… et le « théâtre » avec lui

Le mois de février apporte aussi une nouvelle beaucoup plus intime. Les époux Massonet, installés rue de la Vieille-Porte, meurent à vingt-quatre heures d’intervalle et sont enterrés ensemble. Avec Monsieur Massonet disparaît, écrit le journal, une figure bien connue du vieux Thionville. Ancien du 4ème Régiment du Génie à Arras, dessinateur puis employé de la maison de Wendel à Styring, Moyeuvre et Hayange, il vivait depuis une vingtaine d’années retiré à Thionville, passant son temps à fouiller les archives et les « anciennes paperasses ». Il connaissait les recoins et l’histoire de la ville comme peu d’autres, et le journal assure que ses héritiers retrouveront parmi ses papiers des documents de grande importance pour l’histoire locale. Tandis que Thionville se transforme à toute vitesse, l’un de ceux qui avaient soigneusement conservé la mémoire de l’ancienne ville disparaît.

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Quelques jours plus tard, la question du passé et de l’identité prend une tournure nettement plus mordante. L’administration municipale fait enlever du fronton du théâtre l’inscription française « théâtre », remplacée par l’allemand « theater ». Deux lettres déplacées et voilà matière à chronique ! Le journal ne résiste d’ailleurs pas à la tentation et conclut avec une ironie parfaitement assumée : « Et voilà l’Empire allemand sauvé une fois de plus du danger français ! » On peut démolir des kilomètres de remparts ; parfois, ce sont deux petites lettres qui font davantage parler.

✦  Le béton n’a toujours pas chassé la vigne

À Guentrange, cependant, les vieux coteaux continuent de rappeler qu’ils étaient là bien avant les tourelles. Le 23 avril, la Lothringer Bürgerzeitung annonce la création dans le village d’une station destinée au traitement des maladies de la vigne, placée sous la direction de Monsieur J. Stourm. Après le gel, les inquiétudes liées au phylloxéra et le fameux Guentrange rouge servi à l'Empereur Guillaume II l’année précédente, voilà le vignoble doté de son propre poste de défense. Sur cette colline, décidément, on sait protéger aussi bien les fortifications que les ceps.

✦  Même les canons de la Feste changent de tenue 

En mai, l’Armée apporte elle aussi sa petite nouveauté : par ordre impérial, les canons et les voitures de munitions de l’artillerie de campagne ne seront désormais plus peints en bleu, mais en gris. Même les pièces d’artillerie finissent donc par changer de garde-robe. Dans le même temps, on annonce que les manœuvres du XVIᵉ Corps d’Armée se dérouleront cette année entre Metz, Thionville, Boulay, Forbach et une partie de la rive gauche de la Sarre. La Feste est achevée mais la région n’a manifestement pas l’intention de ranger les uniformes au placard.

✦  Thionville déclare la guerre… au prix du porc

Souvenons-nous : 1906 s’était terminée devant l’étal du boucher, avec des Thionvillois mécontents du prix de la viande. En 1907, le maire Bœhm décide visiblement que la plaisanterie a assez duré. Fin juin, les charcutiers ne semblent pas vouloir répondre à son invitation à diminuer le prix du porc. La municipalité choisit donc une méthode assez directe : elle vendra elle-même de la viande aux consommateurs.

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Le 5 juillet, la ville publie un avis qu'elle achète des porcs jeunes et sains, jusqu’à 150 livres, livrés à l’abattoir municipal et payés comptant. Quelques jours plus tard, douze porcs sont débités au marché devant une forte affluence, les achats étant réservés aux habitants de Thionville. Les journaux locaux indiquent alors que les charcutiers achètent les porcs gras de première qualité à 68 pfennigs la livre, vendent côtelettes, filet et jambon à 75 pfennigs, et le lard gras à 60 pfennigs. Pour la presse, le marché municipal produit déjà ses effets.

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Évidemment, tout le monde ne goûte pas l’initiative. Début août, les murs de Thionville se couvrent pendant la nuit d’un poème allemand en sept strophes, Der städtische Fleischmarkt in Diedenhofen, entièrement consacré à tourner le maire en ridicule. La police retire les affiches au matin, tandis que le journal estime qu’il est assez facile de deviner d’où vient le coup. Après les guerres de forteresse, Thionville venait donc d’inventer la guerre de la côtelette avec propagande nocturne comprise.

✦  Construisons une caserne

Pendant que la municipalité compte ses porcs, on continue de compter les marks sur les hauteurs. Le 2 juillet à Metz, 5 entreprises présentent leurs offres pour la construction d’une caserne d’artillerie à Guentrange. La Société strasbourgeoise de constructions propose l’offre la plus avantageuse et les dépenses sont évaluées à 180 000 marks et les travaux doivent commencer sans attendre. Voilà une nuance qui mérite d’être retenue : le Fort avait beau être déclaré terminé l’année précédente, cela ne signifiait nullement que les travaux militaires autour de Guentrange étaient achevés. À peine avait-on rangé certains outils qu’on les ressortait un peu plus loin.

✦  La langue française au milieu des paperasses

L’été est également agité sur la question de la langue et de la nationalité. Le 10 juillet, la presse rapporte que de nombreux jeunes Français de l’arrondissement de Thionville ont été sommés de se faire naturaliser allemands ou de quitter le territoire annexé.

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Quelques jours plus tard éclate une autre polémique autour de l’enseignement du français. Plusieurs journaux parisiens annoncent d’abord que l’enseignement de la langue aurait été supprimé dans toutes les communes de l’arrondissement de Thionville-Ouest. Le Lorrain rectifie vigoureusement cette version : la mesure ne concernait en réalité que Moyeuvre, Fontoy, Knutange et Audun-le-Tiche. Les députés de Wendel, au Reichstag, et Zimmer, au Landesausschuss, ainsi que les maires concernés, interviennent auprès du président de Lorraine. À Moyeuvre, Knutange et Fontoy, la suppression avait effectivement été appliquée depuis le 1er juillet et devait rester en vigueur jusqu’aux vacances afin de ne pas modifier une nouvelle fois le programme scolaire ; à Audun-le-Tiche, en revanche, le français avait continué à être enseigné. L’administration se disait prête à réexaminer la question et le journal estimait que, faute de décision définitive avant la rentrée, le français serait de nouveau permis dans les communes concernées. Dans cette affaire, même les journaux doivent donc corriger les journaux : 1907 n’allait tout de même pas nous faciliter le travail.

✦  Un été nettement moins léger

La fin août abandonne quelque temps les querelles municipales pour des faits beaucoup plus sombres. Rue de l’Hôpital, une jeune veuve nommée G. mère de 4 enfants âgés de 3 mois à 9 ans, quitte le domicile après avoir vendu les quelques biens du ménage. Les enfants restent seuls une journée avant d’être secourus par des voisins, puis placés dans un orphelinat par les autorités municipales. Le journal, avec la sévérité morale de son époque, parle d’une « mère dénaturée ». 

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Quelques jours plus tard, l’opinion publique s’émeut d’un autre événement : le Gendarme Bartholomeüs, originaire de Poméranie, a tiré sur un prisonnier qui tentait de s’évader et l’a tué. Après enquête de l’autorité militaire, le Gendarme est néanmoins félicité pour s’être strictement conformé aux instructions données à la gendarmerie. Ici, la chronique n’a guère besoin d’ajouter de malice : le contraste entre l’émotion publique rapportée et la conclusion administrative suffit largement. 

✦  Les vieux remparts n’ont toujours pas fini de tomber

En septembre, Thionville poursuit son démantèlement. 18 entrepreneurs participent à l’adjudication des travaux sur le côté ouest de l’ancienne forteresse : il faut enlever environ 100 000 mètres cubes de terre et démolir 16 000 mètres cubes de maçonnerie. 8 ans après le début de notre histoire, la vieille place forte continue donc littéralement à disparaître morceau après morceau. 

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Dans le même temps, on travaille à l’élargissement du pont sur la Moselle. Le grand échafaudage est achevé en septembre, les travaux de maçonnerie peuvent commencer et l’on espère terminer l’ensemble pour le début de décembre. Thionville détruit d’un côté, élargit de l’autre : la ville nouvelle se construit décidément avec beaucoup de gravats.

✦  Le Général français venu

C’est justement pendant les manœuvres du XVIᵉ corps que le Général français en retraite Cardot, venu de Nancy, décide d’assister au spectacle militaire près de Hettange-Grande. Descendu à l’hôtel Saint-Hubert de Thionville, il est reconnu par un gendarme et conduit devant le Kreisdirektor. Problème : l’ancien Général ne possède pas le permis de séjour exigé. Il est donc prié de quitter immédiatement le territoire d’Alsace-Lorraine et repart dans l’après-midi. La première version de l’affaire précise toutefois qu’aucun gendarme ne l’accompagne jusqu’à la gare.

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Quelques jours plus tard, le Général Cardot raconte lui-même l’épisode à L’Écho de Paris. Selon lui, tout le monde s’est montré fort courtois. Le Kreisdirektor aurait même reconnu que le gendarme avait fait preuve d’un zèle quelque peu excessif, et son secrétaire aurait plaisanté sur la prime de dix marks accordée, selon ses dires, aux gendarmes pour ce genre d’intervention. Sa valise est examinée, on lui présente de nouvelles excuses, puis il quitte Thionville accompagné du secrétaire et non d’une escorte policière. L’incident, affirme le Général, « ne vaut pas la peine qu’on en parle tant ». Les journaux, fort heureusement pour nous, n’étaient pas tout à fait de son avis.

✦  Des rails pour que tout le monde arrive à l’heure

En octobre, la presse élargit encore le regard. Un nouvel ouvrage fortifié est annoncé près de Kœnigsmacker, tandis que l’on parle d’importantes manœuvres de forteresse auxquelles l’Empereur assisterait. Mais le plus révélateur est ailleurs dans toute la région, on travaille à accélérer les déplacements et, surtout, une éventuelle mobilisation. Les tunnels de Téterchen-Hargarten, à 35 kilomètres de Metz, ont été dédoublés et accueillent 4 voies parallèles. Le chemin de fer Metz–Vigy–Anzeling, présenté comme particulièrement stratégique parce qu’il offre une liaison directe vers la Prusse, approche de son achèvement. Autour de Metz, vers Thionville d’un côté et Courcelles-sur-Nied de l’autre, des voies déjà doubles deviennent quadruples et les quais de débarquement se multiplient dans les gares.

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Le journal interprète ouvertement tous ces travaux comme les préparatifs d’une mobilisation rapide et termine sur une appréciation très critique des assurances de paix données par Guillaume II. C’est son jugement, évidemment, mais les travaux qu’il décrit sont bien réels dans ses colonnes : autour des Festen, ce sont désormais les routes, les rails et les gares qui prennent leur tour dans le grand chantier stratégique.

✦  Espions à Guentrange ? Pas si vite…

Puis arrive novembre, et avec lui une affaire où les gazettes vont elles-mêmes avoir quelque peine à savoir où elles en sont. Le 7 novembre, on annonce l’arrestation d’un garde du génie affecté au Fort de Guentrange. Le plus grand secret entoure l’affaire et la presse suppose déjà qu’il pourrait s’agir d’espionnage. Dès le lendemain, une autre information va plus loin encore : un officier du 16ᵉ bataillon des pionniers, arrêté sous l’inculpation de trahison, aurait vendu à une puissance étrangère le plan du Fort de Guentrange. Le conditionnel, ici, n’est pas un détail.

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Et voilà que, le même jour, arrive la rectification : le garde du génie n’aurait finalement pas été arrêté à Guentrange mais au nouveau Fort d’Illange. Le 13 novembre, nouvelle arrestation à Illange : un ouvrier italien, Guglielmo R. originaire de Villafranca. Deux versions circulent alors sur les raisons de son arrestation : ses idées anarchistes ou une participation supposée à l’affaire d’espionnage. Le journal juge cette seconde version plus vraisemblable, mais elle reste bien une version rapportée. En quelques jours, Guentrange aura donc été mêlé à une affaire d’espionnage, puis partiellement retiré du décor par la presse elle-même. Pour une forteresse qui avait passé des années à tenir les curieux à distance, la publicité était pour le moins inattendue.

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Et comme si novembre n’était pas suffisamment chargé, on apprend également que l’agrandissement prévu de la gare de Thionville est ajourné ; seuls les ateliers ferroviaires de Basse-Yutz doivent être construits pour le moment. Tous les grands projets n’avancent donc pas au même pas cadencé.

✦  En creusant pour l’avenir, on tombe sur le passé

Le 13 novembre réserve encore une surprise aux ouvriers occupés aux fondations de la nouvelle caserne sur les hauteurs de Guentrange. En creusant les tranchées, ils mettent au jour le squelette d’un homme, accompagné d’un petit fer à cheval. Les ossements sont ensuite rendus à la terre. Aucun autre détail n’est donné. Après les projets militaires, les manœuvres et les soupçons d’espionnage, voilà donc que le sol lui-même décide de livrer son petit mystère. Pour une fois, les gazettes nous laissent sans explication  et il faudra bien savoir résister à la tentation de leur en inventer une.

✦  Une armée ça mange aussi

Quelques jours plus tard, retour à des considérations beaucoup plus pratiques. L’Intendance royale du XVIᵉ corps prépare la fourniture de viande pour le premier semestre 1908 à destination des garnisons de Thionville, Saint-Avold, Morhange, Forbach et du Fort de Guentrange, ainsi que de plusieurs hôpitaux militaires. La fourniture destinée à Guentrange doit être adjugée avec celle de Thionville. Après avoir consacré tant d’années au béton, aux cuirassements et aux canons, voici donc venue une question essentielle à laquelle aucun ingénieur militaire ne peut échapper : une garnison, ça se nourrit.

✦  À Noël, même les spécialistes deviennent suspects

Et 1907 trouve encore le moyen de nous offrir une dernière scène. Le 25 décembre, Monsieur Dietz, fonctionnaire des fortifications, se promène en famille à Guentrange lorsqu’il met le pied sur un terrain interdit. Un factionnaire l’arrête aussitôt, le prenant pour un espion. Le journal lui-même s’amuse de cette « manie de voir des espions partout ». Après les rumeurs du mois de novembre, il faut reconnaître que l’ambiance s’y prêtait ; il restait simplement à arrêter l’un de ceux qui travaillaient précisément pour les fortifications. La boucle était presque trop belle.

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La même nuit de Noël est pourtant marquée par une affaire beaucoup moins plaisante : route de la Briquerie, une violente bagarre oppose des ouvriers charpentiers travaillant au Fort de Guentrange à deux domestiques de la ville. Henri Dorn reçoit à la tête une profonde blessure provoquée par un coup de couteau et doit être transporté à l’hôpital ; Guillaume-Paul F. originaire d’Eickel, dans l’arrondissement de Bochum, est arrêté. Même les fêtes de fin d’année n’auront donc pas réussi à imposer tout à fait la trêve.

1907 se referme comme ces journaux qu’on replie le soir en se disant que, cette fois, on a fait le tour. Mauvaise habitude. Dans leurs colonnes, une rumeur devient affaire, une affaire se dégonfle, et le banal trouve toujours le moyen de côtoyer l’improbable.

 

On serait presque tenté de réclamer une année un peu plus raisonnable. Mais l’Histoire, décidément, n’a jamais beaucoup aimé qu’on lui dicte son programme. Alors laissons 1907 à ses certitudes fragiles… et ouvrons 1908 avec prudence.

Sources :

Cette chronique a été réalisée à partir de la presse d’époque, notamment Le Messin, La Gazette de Lorraine – Journal de Metz, Le Lorrain et Le Progrès de l’Est. 

Journaux consultés dans les collections numérisées de Limédia Kiosque et de Gallica, bibliothèque numérique de la Bibliothèque nationale de France.

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