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L’armée boit et Thionville fait ses comptes

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Réuni en séance publique sous la présidence de Monsieur René Schwartz, maire de Thionville, le Conseil municipal aborde ce 29 juin 1959 un dossier dont les racines remontent à plus d’un demi-siècle. Il faut lui fournir de l’eau. Pourtant, lorsque le Docteur Schmitt, adjoint, prend la parole, il ressort un dossier qui a déjà une belle ancienneté. La première convention entre la Ville et l’Autorité militaire remonte à 1904. À l’époque, Thionville fournissait l’eau à la pomperie militaire de la route des Romains, qui se chargeait ensuite de la refouler jusqu’au réservoir du Fort. Le contrat avait été repris en 1920, puis reconduit d’année en année. 55 ans après le premier accord, l’eau continue donc de monter à Guentrange avec une régularité dont les conventions administratives peuvent être fières.

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Seulement, entre-temps, la plomberie a changé de propriétaire. L’Autorité militaire a cédé à la Ville la pomperie de la route des Romains, obligeant tout le monde à revoir les règles du jeu. Thionville continuera à refouler l’eau jusqu’au réservoir du Fort et l’Armée paiera désormais le tarif habituel des abonnés. Il existe toutefois une petite particularité. Pour alimenter le château d’eau du Crève-Cœur, la Ville utilise une partie d’une conduite militaire. En compensation, elle propose donc d’offrir chaque année à l’Armée les 500 premiers mètres cubes d’eau consommés au Fort de Guentrange. Le chiffre n’a pas été choisi en regardant couler le robinet. Il correspond à l’amortissement estimé du tronçon de conduite militaire dont bénéficie la Ville.

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Tout aurait presque pu se régler sans histoire si l’Armée n’avait demandé une dernière faveur. Elle souhaite supprimer la disposition qui l’oblige à prendre en charge le déplacement de sa conduite lorsqu’un futur aménagement de voirie ou un autre projet communal rendrait ce déplacement nécessaire. Sur ce point, le Docteur Schmitt ferme poliment le robinet. La municipalité estime qu’elle ne peut pas accepter cette modification, car il s’agit d’une règle fondamentale dans la gestion du domaine communal. Elle fait d’ailleurs remarquer, avec une petite élégance administrative que l’État applique lui-même scrupuleusement cette règle sur son propre domaine. Difficile, dans ces conditions, de réclamer à Thionville une faveur que l’on ne s’accorde pas soi-même.

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Le Conseil municipal adopte finalement à l’unanimité la nouvelle convention, regrette très officiellement de ne pouvoir satisfaire la demande de l’Armée et autorise la Municipalité à la signer au nom de la Ville. Ainsi, en 1959, le Fort continue tranquillement de boire à la source thionvilloise. Les canons ont depuis longtemps cessé de régler les comptes, mais pour les mètres cubes, chacun tient encore soigneusement les siens.

Sources :

Archives municipales de Thionville  — Délibération du Conseil municipal du 29 juin 1959

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