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Le Fort change d’usage mais pas encore de propriétaire

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Trois ans après avoir commencé à négocier avec l’autorité militaire, Thionville n’a toujours pas les clés du Fort de Guentrange comme elle l’aurait souhaité. En 1972, la Ville rêvait encore d’une acquisition, d’une promenade publique et d’un Musée des Fortifications. L’armée avait rapidement refroidi les enthousiasmes : vendre, non. Louer, peut-être. Restait à savoir pour combien de temps et dans quelles conditions. Et de ce côté-là, les années passent tandis que la durée du bail, elle, semble avoir une curieuse tendance à raccourcir.

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Le 23 juin 1975, sous la présidence du maire Georges Ditsch, Monsieur Froeliger, adjoint, remet le dossier devant le Conseil municipal. Il rappelle qu’en octobre 1972, la Ville souhaitait obtenir une location d’au moins 30 ans, moyennant un loyer symbolique, tout en intégrant les terrains nécessaires à la future liaison entre Thionville et Œutrange. En juin 1974, les négociations avaient déjà raboté les ambitions. On ne parlait plus que de 18 ans, toujours pour 600 francs par an et la question des terrains destinés à la route avait été abandonnée.

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Un an plus tard, la lettre du Directeur des Travaux du Génie, arrivée en mairie le 19 juin, réserve encore une surprise. La convention proposée ne porte finalement que sur 9 années. Le périmètre comprend le Groupe Fortifié proprement dit, avec son réseau extérieur de barbelés jusqu’aux limites des propriétés, soit environ 48 hectares et 40 ares. Et puisque 9 ans pouvaient encore paraître confortables, l’administration militaire se réserve le droit de mettre fin au contrat à tout moment, avec un simple préavis d’un mois et sans indemnité. De 30 ans espérés à 9 ans accordés, avec une porte de sortie en 30 jours, l’armée avait manifestement sa propre conception de la location longue durée.

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Pour 600 francs par an, la Ville ne reçoit pas exactement un Fort prêt à accueillir paisiblement ses promeneurs. La convention lui laisse la totalité des travaux de remise en état et d’entretien. Il faut assurer le gardiennage du Fort et de ses accès, avec même la construction envisagée d’un logement pour le gardien. Il faut remettre en état la route d’accès, débroussailler les terrains, nettoyer les lieux, dégager les points de vue, réparer le portail d’entrée et rétablir l’alimentation électrique.

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La liste va plus loin encore. Thionville doit prévoir l’aménagement nécessaire à la création d’un musée et d’un circuit de visite, mais aussi supprimer les obstructions en maçonnerie qui ferment certaines galeries de circulation. Autrement dit, l’armée conserve la propriété et se ménage la possibilité de récupérer son bien rapidement, tandis que la Ville est invitée à remettre les lieux en état. À ce tarif-là, les 600 francs annuels paraissent presque être la partie la plus légère de l’affaire.

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Un autre détail complique encore le projet. Le Fort a été mis à la disposition de la Société de Chasse des Officiers de la Place de Thionville, et l’autorité militaire entend maintenir ce droit de chasse. Or la Ville souhaite justement ouvrir le domaine aux promeneurs. Il faut donc parvenir à faire cohabiter les uns et les autres sans transformer la promenade dominicale en exercice de prudence.

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La Municipalité demande que la chasse soit limitée, comme dans la forêt communale voisine, ou que le Fort puisse être fermé au public lors des quelques battues organisées certains dimanches d’hiver. Elle refuse également que la construction d’un logement de gardien devienne une obligation contractuelle, particulièrement difficile à justifier pour un bail désormais réduit de 30 à 9 ans. Enfin, elle souhaite ne pas avoir à produire les contrats d’assurance contre l’incendie et la responsabilité civile exigés par la convention, quitte à prendre elle-même les garanties nécessaires.

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Le Conseil municipal finit par donner son accord à l’unanimité. Le maire pourra signer le contrat de location, mais seulement après obtention des adaptations jugées indispensables. Après 3 années de discussions, Thionville s’apprête donc enfin à prendre véritablement possession des lieux. L’armée, toutefois, n’a pas tout à fait lâché la poignée de la porte.

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Quelques mois plus tard, le 20 octobre 1975, un détail presque banal montre pourtant que quelque chose a déjà changé autour du Fort. Monsieur Froeliger présente cette fois un échange de terrains négocié avec Monsieur Lucien Nicolay, propriétaire dans le secteur du Crève-Cœur. La Ville doit lui céder une parcelle de 16 ares 84, tandis que Monsieur Nicolay lui remet en échange 15 ares 65 situés à proximité du Fort.

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L’objectif municipal mérite qu’on s’y arrête. Cette nouvelle parcelle pourrait permettre d’aménager un parking près du Fort de Guentrange, dont le procès-verbal précise que l’utilité apparaît de plus en plus « depuis l’ouverture et la visite de cet ouvrage ». Voilà qui en dit davantage qu’un long discours. Pendant que les administrations discutent encore de conventions, de préavis et de droits de chasse, les visiteurs, eux, semblent avoir déjà trouvé le chemin.

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Le Conseil accepte l’échange à l’unanimité et sollicite la déclaration d’utilité publique de l’opération, les frais restant à la charge de Monsieur Nicolay.

Sources :

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